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1. Tout d’abord, nous savons aujourd’hui que le développement d’un
jeune enfant passe par la motricité et la capacité d’interagir avec les
différents objets qu’il rencontre. Alors que l’interactivité est
intrapsychique chez l’adulte et l’enfant grand, elle a encore besoin de
s’appuyer sur le corps et la sensori-motricité chez l’enfant jeune.
L’intelligence, à cet âge, est en effet plus corporelle (sensori -
motrice) que imagée ou conceptuelle. Il est à craindre que le temps
passé par l’enfant devant les émissions d’une chaîne de télévision -
qui rassurera les parents parce qu’elle est présentée comme fabriquée
pour les tout-petits – ne l’éloigne des activités motrices,
exploratoires et interhumaines, fondamentales pour son développement à
cet âge.
2. Nous savons aussi que l’enfant ne se développe, et n’établit une
relation satisfaisante au monde qui l’entoure, que s’il peut se
percevoir comme un agent de transformation de celui-ci. C’est ce qu’il
fait quand il manipule de petits objets autour de lui. Il est à
craindre que l’installation d’un tout-petit devant un écran ne réduise
son sentiment de pouvoir agir sur le monde et ne l’enkyste dans un
statut de spectateur du monde.
3. Alors que les programmes proposés par cette chaîne existent déjà
sous la forme de DVD, qui ont l’avantage de proposer une durée limitée,
il est à craindre que la création d’une chaîne émettant en continu 24
heures sur 24 n’incite les parents à l’utiliser comme un moyen facile
d’endormir leur enfant. Tous les parents savent comme le coucher d’un
tout-petit est difficile : il rappelle, les parents y retournent, puis
quittent sa chambre… pour revenir un peu plus tard, attirés par de
nouveaux cris. Beaucoup de parents risquent d’être tentés par
l’installation de la télévision dans la chambre de leur tout-petit
comme un moyen de faciliter l’endormissement de celui-ci.
4. De nombreux travaux d’éthologie, y compris appliqués à la relation
mère enfant, ont montré combien l’être humain est capable de
s’accrocher aux éléments les plus présents de son environnement, dès
les débuts de la vie, et notamment à ceux dont il a l’impression qu’ils
le regardent. Il est à craindre que de jeunes enfants confrontés sans
cesse aux écrans ne développent une relation d’attachement à eux qui
les « scotchent » indépendamment de tout contenu. Ces enfants ne
pourraient se sentir « bien au monde » - autrement dit sécurisés - que
si l’un de ces fameux écrans est allumé près d’eux. L’argument qui
consiste à dire que cette chaîne ne contient pas de publicité est
particulièrement fallacieux de ce point de vue : les publicistes se
rattraperont après, quand l’enfant plus grand ne pourra plus se passer
d’une présence permanente d’un écran allumé à côté de lui.
En conclusion : cette chaîne, évidemment lancée pour
les actionnaires, risque de séduire certains parents. Mais ce n’est
certainement pas pour le bénéfice des enfants qui seront installés
devant elle. A une époque où on parle beaucoup d’écologie, prenons
conscience que protéger nos enfants du risque de développer une forme
d’attachement à un écran lumineux est une forme d’écologie de l’esprit.
C’est pourquoi il est urgent de se mobiliser pour la création d’un
moratoire
qui interdise à de telles chaînes de diffuser des programmes pour tout
petits
en continu, 24H sur 24, avant que nous en sachions un peu plus sur les
relations
du jeune enfant et des écrans.
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Pour info : BabyfirstTV
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Commentaires
Simple question de méthode : Pourquoi ne pas porter plutôt le débat dans les organisations déjà existantes, les associations de parents, la presse spécialisée, les autorités politiques qui ont besoin du suffrage des citoyens ? Il ne faut surtout pas sombrer dans le prêche, ce serait l'échec...
Cher Mo',
Babyfirst-tv existe depuis 2004 aux USA et son arrivée en France sur CanalSat le 16 octobre dernier a été annoncée dans les médias français dès juin 2007, suscitant hélas peu d'émotions ou même de questions parmi la population ou les autorités officielles...
Il est vrai que le langage crypto-mercatique et pseudo-psychopédagogique utilisé par Babyfirst-TV sur son site et renforcé par des témoignages "d'experts" ultra-médiatisés tels que Edwige Antier (Pédiatre omniprésente sur Radio-France et dans les librairies de supermarchés qu'elle inonde de "Guides parentaux " d'une rare indigence...) a de quoi laisser sans voix!
Peut-être est-ce pour cela que la seule réaction collective qui soit vraiment allée chercher le public concerné (les parents) est celle du collectif à l'origine de la pétition dont l'argument est repris dans mon article ci-dessus...
Aucune prêche dans cette démarche, mais de l'information en vue d'une mobilisation pour un moratoire qui aurait dû avoir lieu bien auparavant (la mobilisation, pas le moratoire!)...