Naissance, connaissance et...maïeutique! Part. 1: "La perte du bouchon muqueux et les premières contractions"
Par daimonion - δαιμονιον le mardi 19 août 2008, 00:51 - Lien permanent
A partir d'un dialogue au sujet de la possible confusion des médias entre "Accouchement Non Assisté ou Accompagné: ANA" et "Accouchement A Domicile: AAD", sigles régulièrement employés par certain(e)s professionnel(le)s et certain(e)s non-professionnel(le)s:
- (Bruno Jean PALARD) Une remarque en passant...
Peut-être que si on parlait de naissance qui est un évènement humain au lieu de
parler d'accouchement qui est un évènement médical, les problématiques de
sigles quant à l'accompagnement, entre autres problématiques autour de cet
évènement, disparaitraient d'elles-mêmes?

Car une naissance est forcément toujours "accompagnée" au minimum par une personne: la mère.
Ce n'est manifestement pas le cas d'un "accouchement".
- (Joëlle T.) Merci pour cette contribution. Pourrais-tu
argumenter un peu plus?
- (BJP) Oui je pourrais certainement, mais...sur quoi? Qu'aimerais-tu que je développe, que j'explique...? Je peux aussi apporter des témoignages ou des illustrations et Valérie aussi et...nos enfants aussi! Dis-moi...et je ferai de mon mieux.
- (JT) J'aime parler d'enfantement.... Puisqu'il s'agit de mettre un enfant au monde... Un enfant est un petit d'homme, donc "humain" par définition... En quoi la naissance peut-elle être plus fondamentalement humaine que l'enfantement? Je suis d'accord avec toi pour affirmer que l'accouchement est un acte médical, qu'il en découle ou qu'il s'y soumet... MAIS "la" naissance... Qu'est-ce donc?
- (BJP) "Enfanter" signifie bien "mettre un enfant au monde".
- (JT) "Qu'est-ce tu pensais? Ha! Ha! Ha!...J'ai mes sources!
- (BJP)Je n'en doute pas un seul instant!
Mais il en est certain(e)s pour lesquel(le)s ce verbe "enfanter" signifie autre
chose...mais passons pour l'instant.
"Enfant" vient de "infans" à l'origine: en latin in-, privatif et fari, parler, qui au participe présent donne fans, parlant, ce qui signifie "celui qui ne parle pas, qui n'a pas la parole ".
Donc qui n'exprime pas soi, ne dit pas "je" et n'est donc pas un sujet.
Dans l'expression "mettre un enfant au monde"..., "un enfant" est le complément d'objet direct au plan grammatical.
"Un enfant" est donc mis au monde comme "objet" dans cette expression langagière.
Or dans notre langage humain, la syntaxe n'est jamais neutre en ce sens que
notre choix de certains mots plutôt que d'autres et la place précise que nous
leur assignons dans une phrase viennent en compléter la sémantique, souvent à
notre insu, d'ailleurs.
- (JT) Oui, je suis tout à fait d'accord et c'est
passionnant!
- (BJP)"Un enfant" est donc aussi "pensé" par nous comme objet quand nous affirmons le "mettre au monde".
Et le "sujet" pensant , parlant et agissant puisqu'il "met un enfant au
monde" reste ainsi invariablement unique dans notre propos comme dans notre
pensée: c'est l'adulte, qui manifestement se considère ou est toujours
considéré comme seul capable de parler, d'avoir la parole, d'exprimer
"soi".
Bref, d'être, lui, un sujet.
- (JT) Faut dire qu'un fœtus ne parle pas très clairement, ni même un bambin...
-(BJP) Ce qu'il "faut" dire et ce qu'il "ne faut pas" dire,
tu sais...
Mais, justement, si on te dit que c'est toi qui ne comprends pas ce que le
foetus ou le bambin exprime? Tu réagis comme ça? Tu réponds que c'est lui qui
est incompréhensible?
Voilà qui est intéressant...
Car cela signifie que ce serait donc à lui de se faire comprendre, de se mettre
à ton niveau de compréhension.
Par conséquent tu lui supposerais une capacité à le faire, donc une capacité à
comprendre que tu pourrais ne pas comprendre ce qu'il tente d'exprimer, donc
une capacité de conscience de son environnement, donc une capacité à être
conscient et finalement: une conscience d'être, une conscience qui caractérise
tout sujet humain.
Et voilà que pour toi aussi, le foetus et le bambin pourraient bien être des
sujets!
Mais je poursuis tout de même avec le constat que l'enfant, dans cette "mise au monde", n'est toujours pas un sujet et que seul l'adulte l'est...
Sauf à le penser et le parler réellement, cet enfant, c'est-à-dire penser à lui et lui parler en tant que sujet humain. Sujet humain ou "personne", si tu préfères, auquel on s'adresse depuis notre propre position de "personne" l'accompagnant dans le travail qu'il fournit lui aussi parce qu'on est réellement présent(e) ici et maintenant, que l'on soit la maman, le papa, la sage-femme ou... "tartempion(ne)" !
- (JT) Mouais... Tu es bucolique toi aussi... Faudrait
définir la notion de travail! Et....si la syntaxe n'est pas neutre, les racines
non plus!
- (BJP) "Bucolique"? Pas mon genre, ça...
Sur le reste de ta remarque, j'avoue ne pas très bien comprendre ta
digression... Mieux vaudrait que tu écoutes la suite avant de réagir, je
pense...
Je reprends donc en te parlant de Frans Veldman, par exemple mais il n'est pas
le seul, qui pratiquait et "enseignait" très bien un type de "dialogue de sujet
à sujet": il a appelé cette pratique "haptonomie" parce que la parole était
toujours accompagnée du toucher... pourquoi pas?
Au cours de cette pratique, il invitait le bébé à se déplacer in utéro, d'une
voix chaleureuse et les mains apposées sur le ventre maternel , sans aucune
manipulation de quoi ou de qui que ce soit. Et le bébé ainsi "humanisé" par la
parole, se mettait à dialoguer en agissant: il se déplaçait là où il était
invité à se rendre.
- (JT) Magnifique expérience dans l'immensité utérine...
que chacun a pu mesurer!
-(BJP)Oui... et si chacun a pu faire cette "magnifique
expérience", comme tu dis, c'est bien que nous sommes toutes et tous capables
de nous adresser à un sujet humain: il suffit, comme Veldman mais c'est un
exemple parmi d'autres, de le penser comme tel en cessant de le penser "objet",
évidemment.
Sujet humain parmi les sujets humains: c'est peut-être ça "venir au
monde"...
Ce faisant, nous participons activement au processus mutuel d'humanisation
qu'Erasme traduisait ainsi:
"L'homme ne naît pas homme, il le devient"
..."homme" étant entendu comme "humain", non comme genre, bien sûr.
De l'importance de la présence de l'autre pour mieux devenir
soi...
Pour finir, je réfléchis actuellement à ton questionnement sur "la"
naissance...
C'est quoi "la" naissance?
Déjà, j'affirme qu'il est probable que le mot "naissance"... n'ait sens (eh
oui!) que lorsqu'on exprime son propre vécu de sa naissance et pour soi
seulement.
Ce qui confirme au moins 2 choses:
- il ne saurait exister de naissance "archétypique", ce que tu as très bien
pressenti en mettant des guillemets autour de "la".
"La naissance" tout court, ça n'existe pas, il n'y a de naissance que "la
naissance de..." inscrite de surcroît dans la subjectivité de celle ou celui
qui s'exprime "à son sujet"...Tiens, marrant ça...
- disposer de son propre vécu de naissance pour s'exprimer à son sujet
suppose qu'on a pu, au minimum, ben..."vivre" réellement sa naissance!
Je te rappelle alors l'expérience de Veldman et de tant d'autres sur la
communication avec le foetus dont nous venons de parler et qui introduit "de
l'autre" en tant qu'indispensable pour qu'émerge la conscience de soi...
Et qu'est-ce que vivre réellement sa naissance sinon "être réellement conscient
que l'on naît", en fait: "être mieux conscient que l'on est"? Eh oui! c'est la
deuxième fois et je ne le fais pas exprès!
Et être mieux conscient que l'on est, n'est-ce pas être mieux "soi"?
La naissance de chacun n'est donc qu'être soi.
Naître humain: n'être que soi.
Eh oui! Troisième et dernière fois, mais là c'est...conscient!
Merci Joëlle. Grâce à toi, je viens de passer un des plus beaux moments de
ma vie!
- (JT) Et bien, merci infiniment pour ces propos... Je
reçois les contributions magnifiquement éclairées de ce matin comme un pur
bonheur...
Tu vas facilement comprendre que je dois laisser reposer avant de poser, ou
non, quelques lignes en public...
Merci vraiment, celà, je me devais de te le dire tout de suite....
Belle journée à toi et aux tiens!
- (BJP) Merci surtout à toi!
Car le beau moment de ma vie dont je parle,
je l'appelle désormais...co-naissance.
"Γνῶθι σεαυτόν...gnōthi seautón...connais-toi toi
même..."
δαιμονιον
Commentaires
Oui, δαιμονιον!
Totalement pour: travailler à une approche plus humaine de l'événement médical "accouchement"...pour un évènement qui soit encore mieux humain: la naissance.
Faute de quoi on morcelle l'accouchement en phases en ne s'intéressant plus qu'à certaines parties du corps de la femme qui accouche alors lui aussi morcelé donc elle aussi morcelée: le bas du corps séparé du haut du corps, le soma finalement coupé de la psyché.
En un mot: déshumanisé.
Certaines parties du corps qui en plus "perdent" des morceaux d'elles-mêmes, se morcelant alors encore davantage.
C'est par exemple le bouchon muqueux que la femme "perd" selon le terme régulièrement employé.
Alors qu'en réalité, nous savons toutes et tous qu'il "tombe" parce que le col ne le tient plus suite à sa toute première et souvent imperceptible dilatation + lubrification provoquées peut-être par le bébé qui se met lui-même en place pour.. naître!
Et peut-être aussi la femme qui "s'ouvre" signifiant ainsi qu'elle accepte le désir que l'enfant exprime.
La femme ne "perd" rien par conséquent!
Même chose en ce qui concerne "la perte des eaux" qui est peut-être en fait la seconde expression du désir de naître de l'enfant qui "percerait" cette poche en appuyant dessus?
Et dans ce cas, là encore, la femme ne "perd" rien.
Pourtant tout le monde continue curieusement à le dire comme ça...
Ce qui fait que par les mots qu'on emploie, par la syntaxe qui, on le sait bien, n'est jamais neutre, on se retrouve là, dès le début d'un accouchement, dans le registre affectif si douloureusement coloré de "la perte".
Qui renvoie d'ailleurs certaines à leur peur de "perdre" le bébé pendant leur grossesse, voire à leur peur ou à leur certitude d'avoir "perdu" quelquechose à l'entrejambe pendant leurs enfances ou bien d'en avoir été privées en guise de sanction pour avoir osé désirer
charnellement leur père autrefois.
Je précise maintenant que je ne fais que répéter ce que j'entends sortir de la bouche des femmes que j'écoute, je n'invente ou n'interprète rien.
D'ailleurs il me revient à l'instant que Christiane Ollivier, dans ses 3 excellents bouquins "Les enfants de Jocaste, Les filles d'Eve et les fils d'Oreste" ( @ Odile Jacob, je crois) rapporte elle aussi avoir régulièrement entendu ce type de renvoi au sujet du mot "perte" de la
part de femmes enceintes ou devenues mères peu de temps avant qu'elle
ne les rencontre.
Parenthèse pour faire bon poids: elle parle aussi des hommes et de leur "envie d'utérus" comme étant le pendant de "l'envie de pénis" des femmes selon elle et je suis d'accord avec ça car j'écoute aussi des hommes.
Cette envie des hommes les conduirait à tenter de s'approprier le corps des femmes par exemple en devenant obstétricien ou gynécologue tendance "voyeur" ou "scalpel-bistouri": "Ah chez moi, c'est minimum 1 écho par mois, Madame, et épisio systématique ou mieux: césarienne car si AVB, je pourrai pas vous découper et vous recoudre cet utérus qui me fascine tellement, moi qui regrette tant celui de ma mère...".
Pour en revenir aux femmes enceintes, accouchantes ou ayant récemment accouché, il semblerait donc que l'emploi répété de certains termes ne soit pas sans "échos" chez elles et donc pas sans conséquences sur leur vécu psychosomatique de ces évènements particuliers de leurs vies que sont la grossesse, l'accouchement et, très certainement si on y réfléchit en se rappelant leurs discours, pas sans conséquences sur toute leur vie future par réactivation d'épisodes passés de leurs vies à condition qu'un remaniement des affects liés à ces épisodes puisse avoir lieu.
C'est pourquoi pour ma part, constatant que ce travail de remaniement au plan psychoaffectif apparait bien avant le travail d'accouchement et se poursuit pendant et bien après l'accouchement, je souhaiterais que nous lui accordions toute l'attention qu'il mérite dès qu'il se manifeste ou dès que la femme manifeste son désir de nous faire part
de son propre travail.
Il est certain que les sages-femmes AAD sont mieux conscientes que leurs consœurs de maters de l'importance du psychoaffectif pour la plupart et c'est déjà ça.
Mais écoutent-elles réellement mieux les femmes qu'elles "suivent" ou qu'elles accompagnent? En prennent-elles réellement le temps? Le peuvent-elles et le souhaitent-elles?
Pourtant, dans "sage-femme", il y a le mot "sage".
Et il est placé avant "femme".
La syntaxe n'est décidément jamais neutre.
A bientôt,
Lilith
Bonjour à vous,
Voilà un sujet approprié (selon la définition). L'illustration posée en tête, en est d'ailleurs la représentation symbolique.
J'ajoute: on traduit aujourd'hui le mot grec TOKOS par "naissance", Le suffixe -tocie et le préfixe toco- en sont dérivés; ils se trouvent dans de nombreux maux obstétricaux modernes: eutocie, dystocie, ocitocine, tocographe, tocolyse, etc....
Pourtant l'origine, la racine de ce mot grec est la suivante:
1.1. l'action de produire.
2. ce qui a été produit, descendant.
2. intérêt de l'argent, usure (car ceci multiplie l'argent, qui est comme "produit").
En fait TOKO vient de TIKTO lui même étant un renforcement du mot TEKO. Dans les textes anciens (la bible étant un gros morceau de référence) on retrouve plus souvent TIKTO que TOKO et si al traduction dans le contexte pourrait être enfanter, le mot d'origine était beaucoup moins précis, signifiant probablement:
1. apporter, porter, produire (un fruit venant d'une graine).
1. d'une femme qui enfante.
2. de la terre produisant ses fruits.
3. métaphorique enfanter, avoir une postérité
1)Les racines nous ramènent à la source
OU
2) la source permet la création infinie de racines.
QUESTION DE POINT DE VUE!
Ainsi l'infinitude invite à des raisonnements illimités. Le temps remaniant sans cesse les diverse anastomoses qui favorisent l'essor de nouvelles réflexions...
PS: que signifie "la discussion continue ailleurs" en bas de l'écran. Merci
Bonjour "elle oj",
Heureux de vous retrouver ici, enfin.
Merci pour votre commentaire.
Mais certaines questions posées par daimonion ou lilith et adressées aussi aux femmes, aux mères restent sans réponses...
Alors je réponds à la vôtre au sujet de "la discussion continue ailleurs" et espère ainsi susciter votre envie de témoigner ici de votre expérience de..."Mamazon".
Je vous prie d'accepter cette invitation, s'il vous plaît.
"La discussion continue ailleurs" introduit l'URL de rétrolien (ou "trackback") qui se trouve juste en dessous.
Elle éclaire le lecteur-commentateur sur l'usage que l'on peut faire de ce rétrolien.
Ce site: http://fr.wikipedia.org/wiki/Blog vous expliquera mieux que moi tout l'intérêt qu'il peut y avoir à "continuer la discussion ailleurs"!
Où en est votre livre?
A bientôt, "elle oj".
BJP
Je comprends parfaitement votre besoin de communiquer, j'ai donné mon avis, je ne vois rien à ajouter ici.
Le livre ne m'appartient plus, il est bientôt sous presse et sera en vente dès décembre 2008.