- (BJP) Oui je pourrais certainement, mais...sur quoi? Qu'aimerais-tu que je développe, que j'explique...? Je peux aussi apporter des témoignages ou des illustrations et Valérie aussi et...nos enfants aussi! Dis-moi...et je ferai de mon mieux.

- (JT) J'aime parler d'enfantement.... Puisqu'il s'agit de mettre un enfant au monde... Un enfant est un petit d'homme, donc "humain" par définition... En quoi la naissance peut-elle être plus fondamentalement humaine que l'enfantement? Je suis d'accord avec toi pour affirmer que l'accouchement est un acte médical, qu'il en découle ou qu'il s'y soumet... MAIS "la" naissance... Qu'est-ce donc?

- (BJP) "Enfanter" signifie bien "mettre un enfant au monde".

- (JT) "Qu'est-ce tu pensais? Ha! Ha! Ha!...J'ai mes sources!

- (BJP)Je n'en doute pas un seul instant!
Mais il en est certain(e)s pour lesquel(le)s ce verbe "enfanter" signifie autre chose...mais passons pour l'instant.

"Enfant" vient de "infans" à l'origine: en latin in-, privatif et fari, parler, qui au participe présent donne fans, parlant, ce qui signifie "celui qui ne parle pas, qui n'a pas la parole ".

Donc qui n'exprime pas soi, ne dit pas "je" et n'est donc pas un sujet.

Dans l'expression "mettre un enfant au monde"..., "un enfant" est le complément d'objet direct au plan grammatical.

"Un enfant" est donc mis au monde comme "objet" dans cette expression langagière.

Or dans notre langage humain, la syntaxe n'est jamais neutre en ce sens que notre choix de certains mots plutôt que d'autres et la place précise que nous leur assignons dans une phrase viennent en compléter la sémantique, souvent à notre insu, d'ailleurs.

- (JT) Oui, je suis tout à fait d'accord et c'est passionnant!

- (BJP)"Un enfant" est donc aussi "pensé" par nous comme objet quand nous affirmons le "mettre au monde".

Et le "sujet" pensant , parlant et agissant puisqu'il "met un enfant au monde" reste ainsi invariablement unique dans notre propos comme dans notre pensée: c'est l'adulte, qui manifestement se considère ou est toujours considéré comme seul capable de parler, d'avoir la parole, d'exprimer "soi".

Bref, d'être, lui, un sujet.

- (JT) Faut dire qu'un fœtus ne parle pas très clairement, ni même un bambin...

-(BJP) Ce qu'il "faut" dire et ce qu'il "ne faut pas" dire, tu sais...

Mais, justement, si on te dit que c'est toi qui ne comprends pas ce que le foetus ou le bambin exprime? Tu réagis comme ça? Tu réponds que c'est lui qui est incompréhensible?
Voilà qui est intéressant...
Car cela signifie que ce serait donc à lui de se faire comprendre, de se mettre à ton niveau de compréhension.
Par conséquent tu lui supposerais une capacité à le faire, donc une capacité à comprendre que tu pourrais ne pas comprendre ce qu'il tente d'exprimer, donc une capacité de conscience de son environnement, donc une capacité à être conscient et finalement: une conscience d'être, une conscience qui caractérise tout sujet humain.

Et voilà que pour toi aussi, le foetus et le bambin pourraient bien être des sujets!

Mais je poursuis tout de même avec le constat que l'enfant, dans cette "mise au monde", n'est toujours pas un sujet et que seul l'adulte l'est...

Sauf à le penser et le parler réellement, cet enfant, c'est-à-dire penser à lui et lui parler en tant que sujet humain. Sujet humain ou "personne", si tu préfères, auquel on s'adresse depuis notre propre position de "personne" l'accompagnant dans le travail qu'il fournit lui aussi parce qu'on est réellement présent(e) ici et maintenant, que l'on soit la maman, le papa, la sage-femme ou... "tartempion(ne)" !

- (JT) Mouais... Tu es bucolique toi aussi... Faudrait définir la notion de travail! Et....si la syntaxe n'est pas neutre, les racines non plus!

- (BJP) "Bucolique"? Pas mon genre, ça...
Sur le reste de ta remarque, j'avoue ne pas très bien comprendre ta digression... Mieux vaudrait que tu écoutes la suite avant de réagir, je pense...
Je reprends donc en te parlant de Frans Veldman, par exemple mais il n'est pas le seul, qui pratiquait et "enseignait" très bien un type de "dialogue de sujet à sujet": il a appelé cette pratique "haptonomie" parce que la parole était toujours accompagnée du toucher... pourquoi pas?
Au cours de cette pratique, il invitait le bébé à se déplacer in utéro, d'une voix chaleureuse et les mains apposées sur le ventre maternel , sans aucune manipulation de quoi ou de qui que ce soit. Et le bébé ainsi "humanisé" par la parole, se mettait à dialoguer en agissant: il se déplaçait là où il était invité à se rendre.

- (JT) Magnifique expérience dans l'immensité utérine... que chacun a pu mesurer!

-(BJP)Oui... et si chacun a pu faire cette "magnifique expérience", comme tu dis, c'est bien que nous sommes toutes et tous capables de nous adresser à un sujet humain: il suffit, comme Veldman mais c'est un exemple parmi d'autres, de le penser comme tel en cessant de le penser "objet", évidemment.
Sujet humain parmi les sujets humains: c'est peut-être ça "venir au monde"...
Ce faisant, nous participons activement au processus mutuel d'humanisation qu'Erasme traduisait ainsi:
"L'homme ne naît pas homme, il le devient"
..."homme" étant entendu comme "humain", non comme genre, bien sûr.

De l'importance de la présence de l'autre pour mieux devenir soi...

Pour finir, je réfléchis actuellement à ton questionnement sur "la" naissance...
C'est quoi "la" naissance?

Déjà, j'affirme qu'il est probable que le mot "naissance"... n'ait sens (eh oui!) que lorsqu'on exprime son propre vécu de sa naissance et pour soi seulement.

Ce qui confirme au moins 2 choses:

- il ne saurait exister de naissance "archétypique", ce que tu as très bien pressenti en mettant des guillemets autour de "la".
"La naissance" tout court, ça n'existe pas, il n'y a de naissance que "la naissance de..." inscrite de surcroît dans la subjectivité de celle ou celui qui s'exprime "à son sujet"...Tiens, marrant ça...

- disposer de son propre vécu de naissance pour s'exprimer à son sujet suppose qu'on a pu, au minimum, ben..."vivre" réellement sa naissance!
Je te rappelle alors l'expérience de Veldman et de tant d'autres sur la communication avec le foetus dont nous venons de parler et qui introduit "de l'autre" en tant qu'indispensable pour qu'émerge la conscience de soi...
Et qu'est-ce que vivre réellement sa naissance sinon "être réellement conscient que l'on naît", en fait: "être mieux conscient que l'on est"? Eh oui! c'est la deuxième fois et je ne le fais pas exprès!

Et être mieux conscient que l'on est, n'est-ce pas être mieux "soi"?
La naissance de chacun n'est donc qu'être soi.
Naître humain: n'être que soi.

Eh oui! Troisième et dernière fois, mais là c'est...conscient!

Merci Joëlle. Grâce à toi, je viens de passer un des plus beaux moments de ma vie!

- (JT) Et bien, merci infiniment pour ces propos... Je reçois les contributions magnifiquement éclairées de ce matin comme un pur bonheur...
Tu vas facilement comprendre que je dois laisser reposer avant de poser, ou non, quelques lignes en public...

Merci vraiment, celà, je me devais de te le dire tout de suite....
Belle journée à toi et aux tiens!

- (BJP) Merci surtout à toi!

Car le beau moment de ma vie dont je parle,
je l'appelle désormais...co-naissance.

"Γνῶθι σεαυτόν...gnōthi seautón...connais-toi toi même..."

δαιμονιον